Guide pratique

Saisie conservatoire européenne : l'arme rapide contre les escrocs transfrontaliers

Depuis 2017, une procédure européenne permet de bloquer en 10 à 15 jours les comptes bancaires d'un escroc dans toute l'UE. Une arme redoutable, encore largement sous-utilisée par les victimes.

Équipe juridique Recours Arnaques · Rédaction
Relu par Me René Boumel , avocat au Barreau de Paris
24 mars 2026 6 min de lecture

Quand un escroc opère depuis l'étranger, même à l'intérieur de l'Union européenne, la première question d'une victime est invariablement : « Comment va-t-on faire, il n'est pas en France ? » La réponse a un nom technique peu connu mais redoutablement efficace : l'ordonnance européenne de saisie conservatoire des comptes bancaires, créée par le règlement UE n° 655/2014 et applicable depuis le 18 janvier 2017. Cet outil permet de geler, en 10 à 15 jours, les comptes bancaires d'un débiteur situé dans n'importe quel État membre (sauf le Danemark).

Ce que fait concrètement la saisie conservatoire européenne

La procédure permet, avant même un jugement sur le fond, d'obtenir d'un juge français un ordre de gel qui sera automatiquement exécutoire dans toute l'UE. Une fois l'ordonnance rendue, elle est transmise directement à la banque du débiteur qui doit, sous quelques jours, bloquer les sommes correspondant au montant de votre créance. Le débiteur n'est pas prévenu avant l'exécution - effet de surprise essentiel pour empêcher la dissipation des fonds.

À retenir

La saisie conservatoire européenne est une mesure conservatoire, pas un recouvrement. Elle bloque les fonds pendant la durée de la procédure au fond - elle ne les vire pas encore sur votre compte. Cette étape viendra après la décision définitive.

Les conditions à remplir

Trois conditions cumulatives sont nécessaires pour obtenir l'ordonnance européenne :

  1. Apparence de créance : vous devez pouvoir démontrer que votre demande est fondée (escroquerie caractérisée, contrat nul pour dol, etc.). Les pièces du dossier doivent être solides.
  2. Risque de dissipation des fonds : il faut caractériser le risque que le débiteur fasse disparaître les fonds en l'absence de mesure urgente. Pour un escroc, ce risque est présumé facilement.
  3. Caractère transfrontalier du litige : le débiteur ou ses comptes doivent se situer dans un État membre différent de celui de la victime ou du juge saisi.

La procédure étape par étape

Étape 1 - Identification du compte bancaire cible

Vous n'avez pas toujours l'IBAN du destinataire final. Le règlement européen prévoit justement un mécanisme de recherche d'information : le juge français peut, sur requête, demander à l'autorité compétente de l'État membre concerné (en France, la Commission européenne) d'identifier les comptes du débiteur. Cette recherche est particulièrement utile quand vous connaissez le nom du bénéficiaire mais pas ses coordonnées bancaires.

Étape 2 - Requête au juge de l'exécution

La requête est présentée au juge de l'exécution (JEX) territorialement compétent. Elle doit comprendre : l'identité exacte du débiteur, les coordonnées bancaires à cibler, le montant de la créance, les pièces démontrant l'apparence de créance, et un argumentaire sur le risque de dissipation. Le recours à un avocat est fortement recommandé, la procédure étant technique.

Étape 3 - Ordonnance et transmission

Le juge rend son ordonnance généralement sous 10 jours ouvrés. Elle est ensuite transmise, via un formulaire standardisé européen, à la banque du débiteur. Celle-ci doit procéder au gel dans un délai court (quelques jours selon les États). L'exécution est automatique - la banque n'a pas à apprécier le fond du litige.

Étape 4 - Contestation possible du débiteur

Une fois l'ordonnance exécutée, le débiteur en est informé et dispose d'un délai pour la contester. Les motifs de contestation sont limités (absence de conditions, dépassement du montant, violation des règles procédurales). Dans notre expérience, la contestation aboutit rarement à la levée totale quand le dossier est bien construit.

Coût et délai réels

Coût : le dépôt de la requête en lui-même est gratuit. En revanche, la procédure mobilise un travail d'avocat (constitution du dossier, rédaction de la requête, suivi de l'exécution) et, éventuellement, des frais de traduction vers la langue de l'État d'exécution. Dans nos dossiers, ces coûts viennent en déduction de la récupération finale et n'entraînent aucune avance de votre part.

Délai : dans nos dossiers transfrontaliers typiques (France ↔ Chypre, France ↔ Pays-Bas, France ↔ Malte), le gel est exécuté en 12 à 18 jours à compter du dépôt de la requête. La procédure au fond qui suit prend ensuite entre 6 et 12 mois selon la juridiction.

Limites de la saisie européenne

Cet outil ne fonctionne QUE dans l'UE (hors Danemark). Pour un escroc installé au Royaume-Uni post-Brexit, en Suisse, ou dans un paradis fiscal (Saint-Vincent, Seychelles, etc.), d'autres procédures s'appliquent - conventions d'entraide judiciaire bilatérales, lettres rogatoires, ou actions civiles classiques coordonnées avec des confrères locaux.

Pourquoi cet outil est sous-utilisé

Malgré sa puissance, la saisie conservatoire européenne reste méconnue du grand public et de nombreux avocats non spécialisés. Elle nécessite une connaissance précise du règlement, la maîtrise des formulaires standardisés, et une logistique de traduction et de transmission inter-États. Chez Recours Arnaques, nos avocats l'utilisent dans environ 25 % de nos dossiers « investissement » et « trading » impliquant une banque européenne - avec un taux de gel effectif supérieur à 85 %.

Si votre dossier implique un escroc ou un destinataire dans un État de l'UE, ce levier doit être examiné en priorité. Plus on agit vite, plus il y a de chances que les comptes soient encore approvisionnés au moment du gel.

Questions fréquentes

Puis-je bloquer le compte bancaire d'un escroc à l'étranger s'il n'est pas en France ?
Oui, à condition qu'il se trouve dans l'Union européenne (le Danemark excepté). Le règlement UE n° 655/2014, applicable depuis le 18 janvier 2017, a créé l'ordonnance européenne de saisie conservatoire des comptes bancaires : un juge français peut ordonner le gel des sommes, et cet ordre devient automatiquement exécutoire dans l'État membre concerné. Le débiteur n'est pas prévenu avant l'exécution, ce qui préserve l'effet de surprise et empêche la dissipation des fonds. Hors UE (Royaume-Uni post-Brexit, Suisse, paradis fiscaux), d'autres procédures s'appliquent. Plus vous agissez tôt, plus les comptes ont de chances d'être encore approvisionnés au moment du gel.
L'ordonnance européenne de saisie conservatoire (OESC), qu'est-ce que c'est exactement ?
C'est une mesure conservatoire, et non un recouvrement : elle bloque les fonds du débiteur pendant la durée de la procédure au fond, elle ne les vire pas encore sur votre compte. Concrètement, avant même un jugement, le juge rend un ordre de gel transmis directement à la banque du débiteur via un formulaire standardisé européen ; celle-ci doit bloquer les sommes correspondant au montant de votre créance, sans avoir à apprécier le fond du litige. Le versement effectif n'interviendra qu'après la décision définitive. Cet outil, prévu par le règlement UE n° 655/2014, couvre toute l'Union sauf le Danemark.
Comment geler les fonds d'une arnaque dans l'UE avant d'avoir obtenu un jugement ?
En déposant une requête devant le juge de l'exécution (JEX) territorialement compétent, qui peut rendre l'ordonnance de saisie conservatoire européenne. Trois conditions cumulatives doivent être réunies : une apparence de créance (escroquerie caractérisée, contrat nul pour dol, pièces solides), un risque de dissipation des fonds (facilement présumé face à un escroc) et le caractère transfrontalier du litige. Si vous ignorez l'IBAN du bénéficiaire, le règlement prévoit un mécanisme de recherche : le juge peut demander à l'autorité compétente de l'État concerné d'identifier les comptes. La procédure étant technique, le recours à un avocat est fortement recommandé (annuaire officiel sur cnb.avocat.fr). Pensez aussi à déposer plainte via info-escroqueries.gouv.fr pour étayer les pièces de votre dossier.
Combien de temps faut-il pour bloquer les comptes, et l'argent me sera-t-il reversé aussitôt ?
Ça dépend : dans les dossiers transfrontaliers typiques cités (France ↔ Chypre, Pays-Bas, Malte), le gel est exécuté en 12 à 18 jours à compter du dépôt de la requête, l'ordonnance étant souvent rendue sous 10 jours ouvrés. En revanche, l'argent ne vous est pas reversé immédiatement : la saisie ne fait que bloquer les sommes le temps de la procédure au fond, qui dure ensuite entre 6 et 12 mois selon la juridiction. Le versement n'intervient qu'après la décision définitive. Le dépôt de la requête est gratuit en lui-même ; restent à prévoir le travail d'avocat et d'éventuels frais de traduction vers la langue de l'État d'exécution.
Que faire si l'escroc ou sa banque se trouve au Royaume-Uni, en Suisse ou dans un paradis fiscal ?
La saisie conservatoire européenne ne peut pas jouer dans ces cas : elle ne fonctionne que dans l'Union européenne (hors Danemark) et ne couvre ni le Royaume-Uni post-Brexit, ni la Suisse, ni les juridictions comme Saint-Vincent ou les Seychelles. D'autres voies prennent alors le relais : conventions d'entraide judiciaire bilatérales, lettres rogatoires, ou actions civiles classiques coordonnées avec des confrères locaux. Avant tout virement, mieux vaut vérifier la plateforme et son agrément (REGAFI sur regafi.fr, ou l'annuaire de recoursarnaques.com) pour éviter d'envoyer des fonds hors de portée de la justice européenne. Si les sommes ont déjà quitté l'UE, agissez vite et signalez l'escroquerie sur info-escroqueries.gouv.fr.
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