Guide pratique

Saisir le médiateur bancaire après une arnaque : guide 2026

Avant le contentieux, la médiation bancaire est un recours gratuit que 60 % des victimes oublient. Elle suspend la prescription et n'empêche pas l'action judiciaire en parallèle.

Équipe juridique Recours Arnaques · Rédaction
Relu par Me René Boumel , avocat au Barreau de Paris
27 mai 2026 6 min de lecture

Quand une victime d'arnaque sollicite sa banque pour obtenir un remboursement - au titre de la responsabilité de l'établissement ou d'un manquement au devoir de vigilance - elle se heurte presque toujours à un refus écrit. Cette première décision n'est pourtant pas définitive. Avant d'engager une procédure judiciaire coûteuse, la loi prévoit un recours intermédiaire gratuit : la médiation bancaire. Saisir le médiateur, c'est obtenir un examen indépendant de votre dossier, sans frais, sans avocat obligatoire, avec un effet juridique majeur : la suspension de la prescription.

Chiffres clés

Selon les rapports annuels des médiateurs bancaires, environ 28 % des dossiers traités donnent lieu à un avis favorable au client (entièrement ou partiellement). La durée moyenne d'instruction est de 90 jours. La saisine suspend les délais de prescription des actions civiles pendant toute la durée de l'examen.

Qui est le médiateur bancaire ?

Chaque banque française dispose obligatoirement d'un médiateur, conformément aux articles L.316-1 et L.612-1 du Code monétaire et financier. Ce médiateur est soit interne à la banque (employé du groupe mais statutairement indépendant), soit externe via une institution centrale - le plus souvent le médiateur de la Fédération bancaire française (FBF) ou de l'AFB (Association française des banques) pour les établissements qui en sont membres. Son rôle : examiner un litige de manière neutre et rendre un avis motivé. Cet avis n'est pas contraignant pour la banque, mais en pratique les recommandations favorables au client sont suivies dans plus de 90 % des cas.

Procédure pas-à-pas en 5 étapes

  1. Étape 1 - Adresser une réclamation écrite à votre banque, par lettre recommandée avec accusé de réception. Décrivez précisément les faits (dates, montants, références des virements), votre demande chiffrée, et le fondement juridique (manquement au devoir de vigilance, dol, etc.). C'est une étape obligatoire avant toute saisine du médiateur.
  2. Étape 2 - Attendre la réponse du service réclamations. La banque dispose de 2 mois pour répondre (10 jours ouvrés pour les litiges de paiement). Conservez précieusement la réponse, ou à défaut le récépissé d'envoi recommandé.
  3. Étape 3 - Identifier le médiateur compétent. L'adresse figure sur vos relevés de compte, sur le site de votre banque, et dans les conditions générales. Si vous ne la trouvez pas, le site mediation-fbf.fr permet de retrouver le médiateur de chaque établissement membre de la FBF.
  4. Étape 4 - Envoyer la saisine au médiateur dans un délai d'un an maximum à compter de la réclamation. Incluez : votre réclamation initiale, la réponse de la banque (ou la preuve de votre envoi sans réponse), un exposé clair du litige, et tous les justificatifs (relevés, échanges email, captures du site frauduleux). La saisine est gratuite et peut se faire par courrier ou en ligne sur le portail du médiateur.
  5. Étape 5 - Attendre l'avis. Le médiateur instruit le dossier (durée moyenne 90 jours, plafond légal 90 jours sauf affaires complexes). Il rend un avis motivé que la banque peut accepter ou refuser. Si elle refuse et que vous estimez l'avis fondé, vous conservez tous vos droits d'aller en justice - le délai a été suspendu pendant l'examen.

Modèle de courrier de saisine

Extrait à adapter à votre dossier

Madame / Monsieur le Médiateur, je vous saisis d'un litige m'opposant à la banque [NOM] concernant [N° de compte] suite à une arnaque à l'investissement dont j'ai été victime entre [DATE 1] et [DATE 2]. Plusieurs virements - dont [DÉTAIL] - ont été émis depuis mon compte vers [BÉNÉFICIAIRE], une entité figurant désormais sur la liste noire de l'AMF. Le 15/03/2026, j'ai adressé une réclamation à la banque (copie jointe) sollicitant le remboursement au titre du manquement au devoir de vigilance. La banque a refusé par courrier du 12/05/2026 (copie jointe). J'estime ce refus injustifié au regard de [...] et sollicite votre arbitrage. Vous trouverez ci-joint l'ensemble des pièces utiles à l'examen du dossier.

Effet suspensif sur la prescription : un atout majeur

L'avantage juridique le plus important de la médiation bancaire est posé à l'article 2238 du Code civil : « La prescription est suspendue à compter du jour où, après la survenance d'un litige, les parties conviennent de recourir à la médiation ou à la conciliation ». En clair, pendant que le médiateur examine votre dossier (typiquement 90 jours), les délais de prescription de votre action civile - 5 ans en droit commun, parfois plus courts en matière bancaire - ne courent pas. Vous gagnez donc 3 à 6 mois de marge pour préparer un dossier judiciaire si la médiation échoue, sans perdre vos droits.

La médiation et l'avocat : complémentaires, pas concurrents

Une idée fausse circule : « Si je saisis le médiateur, je ne peux pas avoir d'avocat ». C'est inexact. Vous pouvez parfaitement engager un avocat pour préparer la saisine, structurer juridiquement votre argumentation, identifier les fondements légaux pertinents (devoir de vigilance, jurisprudence Cass. com. 27 nov. 2024, etc.), et formuler une demande chiffrée. L'avocat reste à vos côtés pendant l'instruction et peut intervenir directement auprès du médiateur si nécessaire. C'est d'ailleurs un avantage stratégique : un dossier juridiquement bien construit dès la saisine augmente significativement les chances d'avis favorable.

En cas d'avis défavorable ou non suivi par la banque, l'avocat enclenche immédiatement la procédure judiciaire, sans nouvelle perte de temps. Cette articulation médiation + action en justice est la stratégie la plus efficace pour les dossiers à fort enjeu (préjudice supérieur à 50 000 €) ou impliquant des banques ayant manifestement minimisé leurs obligations.

Ne saisissez pas le médiateur trop tôt

La saisine du médiateur n'est recevable qu'après une réclamation écrite préalable auprès de la banque et un délai de réponse. Saisir le médiateur sans avoir épuisé cette étape interne entraîne un rejet pour irrecevabilité, et vous repartez à zéro. Respectez l'ordre : réclamation → réponse de la banque (ou délai écoulé) → saisine du médiateur.

Quand passer directement au judiciaire

Dans certains cas, la médiation n'apporte rien et la voie judiciaire doit être ouverte tout de suite : préjudice très important, banque ayant clairement engagé sa responsabilité (par exemple avec un virement de 80 000 € validé sans appel client malgré son caractère atypique), prescription proche, ou besoin urgent d'une mesure conservatoire pour bloquer les fonds chez le destinataire. Un avocat spécialisé en droit bancaire évaluera en un rendez-vous gratuit si votre dossier justifie la médiation préalable ou justifie l'assignation directe.

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